Regardez les gens c0urir, affairés, dans les rues. Ils ne regardent ni à dr0ite, ni à gauche, l'air pré0ccupé, les yeux fixés à terre. Ils f0ncent t0ut dr0it, mais t0uj0urs sans regarder devant eux, car ils f0nt le trajet c0nnu d'avance, machinalement. Dans toute les grandes villes du m0nde c'est pareil. L'h0mme m0derne, universel, c'est l'h0mme pressé, il n'a pas le temps, il est prisonnier de la nécessité, il ne c0mprend pas qu'une ch0se puisse ne pas être utile; il ne comprend pas n0n plus que dans le f0nd c'est l'utile qui peut-être un poids inutile, accablant. Si on ne c0mprend pas l'utilité de l'inutile, l'inutilité de l'utile, on ne c0mprend pas l'art; et un pays 0ù 0n ne c0mprend pas l'art est un pays d'esclaves et de r0b0ts, un pays de gens malheureux, un pays de gens qui ne rient pas ni ne sourient, un pays sans esprit; 0ù il n'y a pas l'hum0ur, 0ù il n'y a pas le rire, il y a la c0lère et la haine. Car ces gens affairés, anxieux, c0urant vers un but qui n'est pas un but humain 0u qui est un mirage, peuvent t0ut à c0up, aux s0ns de je ne sais quels clair0ns, à l'appel de je ne sais quel f0u 0u dém0n se laisser gagner par un fanatisme délirant, une rage c0llective quelc0nque, une hystérie p0pulaire. T0us ça constitue les menaces qui pèsent sur l'humanité qui n'a pas le temps de réfléchir, de reprendre ses ou s0n esprit, elles guettent les h0mmes d'auj0urd'hui qui ont perdu le sens et le g0ût de la SOLITUDE.